Le temps passe, et jamais nous ne pourrons le ramener. Je me souviens d’un petit garçon dont j’ai oublié le nom. Peut-être s’appelait-il Anton. Il ne semblait pas savoir que tout dans la vie a son moment juste. À table, il n’avait jamais faim, mais après le repas, il demandait à manger ou à boire. Le soir, il trouvait toujours une excuse pour retarder l’heure du coucher. Il restait longtemps éveillé dans son lit, écoutant tous les bruits venant de dehors, et imaginait que ses parents buvaient en cachette de la limonade rouge pendant que lui devait être couché. En conséquence, chaque matin, il se sentait fatigué. À l’école, il faisait parfois la sieste. Ce n’était pas un garçon idiot, mais il levait la main seulement après que ses camarades eurent déjà répondu aux questions du maître. C’est pourquoi on l’appelait l’inventeur de la lenteur.
Quand le Père Noël apprit le comportement d’Anton, il se dit : « Pourquoi devrais-je me donner tant de mal à faire tout mon travail en une seule journée ? Anton ne connaît pas le bon moment !» Au lieu d’apporter les cadeaux d’Anton la veille de Noël, il ne les livra qu’à Pâques. Ce retard troubla l’hiver, qui crut être parti trop tôt. Il envoya de nouveau ses vents glacés sur les terres et mêla des flocons de neige à la pluie du printemps. Les premières fleurs, qui avaient déjà montré leurs bourgeons, tremblaient de froid et se demandaient ce qui s’était passé. Les oiseaux cessèrent leur chant et arrêtèrent de construire leurs nids. Le lapin de Pâques se demanda si son moment était déjà venu. Pendant toutes les vacances d’été, Anton resta assis dans sa chambre, ennuyé et triste. Dehors, la pluie faisait éclater des bulles sur la rue. Les caniveaux n’arrivaient pas à avaler toute l’eau. Cependant, les nuages disparurent et le soleil brilla quand les vacances d’été touchaient à leur fin. Maintenant, tous les enfants transpiraient sur les bancs de l’école. Rien ne se produisait jamais au bon moment.
Le grand-père d’Anton était un vieil homme sage. Il supporta longtemps cette confusion. Puis, après mûre réflexion, il disparut dans son atelier. Bientôt, on entendit de drôles de bruits venant de l’intérieur : Anton perçut son grand-père marteler et scier derrière la porte fermée, et parfois marmonner pour lui-même. Quoi qu’il fît, cela devait être difficile, car il y travailla plus d’une semaine entière. Anton, curieux, gardait les yeux fixés sur la porte.
Enfin, le grand-père l’appela dans l’atelier pour lui montrer son œuvre. Anton resta bouche bée en voyant un machine compliquée, avec tous ses engrenages, leviers, tuyaux, trémies et escaliers. Il ne savait qu’en penser. Alors, le grand-père expliqua le but de son invention. Ici, il serait impossible de décrire la machine aussi en détail que le fit le grand-père. Ce serait une histoire en soi. Cependant, pour autant que je sache, elle fonctionne de la manière suivante: Quand on lançait une balle dans la trémie du haut, elle roulait irrésistiblement à travers un système de tuyaux, passait au-dessus de petits escaliers, tombait dans un trou et réapparaissait plus bas dans un canal. Lorsque la balle disparaît dans la trémie inférieure, une cloche tinte— et il est temps de lancer la balle suivante dans la trémie du haut.
Anton comprit, que le temps roule, aussi irrésistiblement que la balle dans la machine de son grand-père. Et il apprit que tout doit être fait à temps, car sinon l’horloge de la vie se dérègle.
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Published on e-Stories.org on 10/29/2007.
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