David Sellem

Contrefaçon ?!?

-« Houston, vous me recevez ?! »
..
-« Houston, me recevez-vous ? »
..
-« Houston, ici la base M01, me recevez-vous ? »
-« Ici Houston, on vous reçoit cinq sur cinq base M01. »
-« Monsieur, phase un de la mission accomplie, notre prochaine phase va commencer. »
-« Félicitations base M01, nous vous confirmons la bonne réception des signaux, vous pouvez continuer la mission. »
-« Les modules mobiles vont être déployés un par un après le retour des drones éclaireurs. Nous ne savons pas vers quoi nous allons messieurs, mais nous y allons pour l’humanité. »
 
Le dialogue est retransmis à l’instantané sur les télévisions du monde entier, dans tous les pays, et toutes les langues. Toutes les nations ont réussi à s’entendre sur un programme spatial commun, enfin, les hommes se sont assagis, enfin la soif de connaissance les a rassemblé. Ils vont découvrir l’espace, et grâce à cela, c’est leur humanité qu’ils rencontrent. Tant de sacrifices, tant de projets et d’investissements pour du mieux, pour tous, et revoilà ces petits êtres fragiles qui foulent à nouveau le sol lunaire, à la recherche d’un avenir incertain, mais dans une communion qui n’avait jamais été aussi assurée. L’avenir est en marche, pas à pas, et voilà l’Homme, à la conquête des étoiles, à nouveau, et par delà, à la conquête de lui-même. Enfin, l’humanité.
 
Dans les foyers, la joie et l’allégresse se font entendre, les sourires, les éclats de rires et les commentaires ponctuent les retransmissions de la télévision. Le monde a les yeux rivé sur le petit écran, l’intérêt pour cet astre adoré et vénéré est révélé par un désir de conquête resté trop longtemps en berne. Et bientôt, une base terrestre lunaire verra le jour, bientôt le monde saura enfin ce que la face cachée de la lune dissimule depuis toujours, bien avant que le monde existe, bien avant que des hommes se formulent seulement la question.
 
Les drones revenus, l’équipe du programme lunaire M01 s’apprête à partir vers l’inconnu. Avancer, dans le noir le plus complet, sans autre repère que l’irrépressible volonté de faire de ce satellite naturel de la Terre mère, autre chose. En faire un atout, et notamment une base de recherche aérospatiale et de lancement pour d’autres missions, plus loin, toujours plus loin. L’équipage international composé de deux américains, deux russes, une française, un allemand et une japonaise, est désormais paré à sceller l’humanité à un nouvel avenir. Aucune gravitation sur la lune, ou si peu, mais tant de pression dans les cœurs et les esprits. Ils savent tous que de la réussite de leur entreprise découlera quelque chose qui concernera tous les terriens. Après avoir mis en place le premier module lunaire fixe, qui leur sert de lieu de vie, l’équipage avait  travaillé d’arrache-pied pour commencer à installer le module du laboratoire de recherche, ainsi que les quatre antennes de relais qui allaient leur permettre de retransmettre vers la Terre toutes les informations une fois qu’ils seraient passés de l’autre côté, là où aucun être humain n’est jamais allé. L’expérience non sans danger avait laissé apparaître des dissensions au sein du groupe, rapidement gérées et résolues par le commandant de la mission. Dans de telles conditions, ce qui serait apparu anodin sur Terre prenait des allures de révolution sur la Lune. Aussi, le commandant avait rappelé à son équipage que seuls deux co-équipiers iraient de l’autre côté de l’astre, un homme et une femme.
 
Le lieutenant Mackey et le lieutenant Setsuko avaient tous deux été choisis par la Nasa pour leurs qualités et compétences scientifiques en matière géologique, mais également, et cela était top secret, en recherche et développement agroalimentaires. Ils n’allaient pas seulement sur la Lune pour conquérir l’astre, mais également pour y évaluer les possibilités, un jour, du développement de serres qui nourriraient les populations terrestres. Par ailleurs, comme Adam et Eve, les deux élus avaient déjà consommé la pomme, et étaient parents, sur la Terre, d’une petite fille qui les attendait depuis plusieurs semaines maintenant, contemplant la lune dès qu’elle apparaissait dans le ciel. Ses prières étaient entendues, la mission n’avait pas de retard et ses parents seraient rentrés aussitôt leur devoir accompli. Les antennes relais fonctionnant parfaitement, l’équipage allait donc désormais se scinder en deux, le couple d’explorateur d’un côté, les sédentaires de l’autre. Le couple embarqua donc à bord d’un LEM pour quitter la plateforme de recherche et partir de l’autre côté de l’astre. Leur matériel d’éclairage étant spécifique, à leur suite était attelé un système complexe de remorquage de leur nécessaire d’exploration.
 
Leur périple dura plusieurs heures, pour arriver enfin au point déterminé par le programme M01. Tout au long de leur avancée, ils maintenaient le contact avec leurs collègues restés en base fixe, ainsi qu’avec la Terre. La Terre, suspendue aux lèvres et aux caméras des explorateurs. S’arrêtant sans repère précis, l’obscurité s’était installée autour d’eux sans qu’ils aient pu se rendre compte du moment de bascule. Seules les coordonnées du système GPS leur rappelaient qu’ils avaient franchis la ligne depuis longtemps. Et là, devant, au milieu d’un désert gigantesque, s’élevait un plateau. Un plateau incroyablement régulier. Le système d’éclairage ultra puissant leur permettait de retransmettre des images, de mauvaises qualités certes, mais sur lesquelles chacun pouvait entrevoir la ligne régulière d’une œuvre dont tous se demandaient si elle était l’œuvre du seul vent, ou si elle avait été crée par quelques êtres d’une intelligence supérieure. Vestige d’un monde ancien, qui avait déjà vécu sur la planète que la Lune avait été, ou empreinte séculaire de voyageur interstellaire de passage.
 
A cet instant, seules les combinaisons empêchent le couple de se serrer l’un contre l’autre, de s’embrasser et de s’extasier devant quelque chose qui dépasse l’entendement. Ils pleurent tous deux, se tiennent par la main, comme des enfants, et le monde retient son souffle devant ce spectacle saisissant. Autour d’eux, le désert a lui aussi quelque chose de particulier, contrairement à la face éclairée de la Lune, il n’y aucun petit rocher, aucune roche, aucun cratère ou dénivellation. Tout y est plat, parfaitement plat. Là où la lumière se pose, elle révèle l’absence de toute aspérité, aucune poussière, tout est net et quasiment aseptisé.
 
Soudain, le regard du lieutenant Setsuko est attiré par une ligne. Une ligne par terre, comme un léger trait qui ressort, et qui court à perte de vue d’un côté comme de l’autre de leur position. Les deux terriens s’engagent donc dans la recherche de ce que peut être ce phénomène parfaitement rectiligne, et qui semble traverser la lune en sa circonférence, les amenant à déduire qu’elle passe donc par le plateau. Après accord du centre de contrôle de la Nasa, le couple est autorisé à tenter une approche vers le plateau, et l’entreprise s’avère peu difficile, l’absence de gravitation leur permettant une escalade aisée. Arrivés en haut du plateau, ils décident de se diriger en son centre, conscients et lucides de leur petitesse face à l’immensité et la profondeur de l’obscurité qui les entoure à perte de vue. Leur seul repère devient cette ligne, étrange, incompréhensible et si réelle dans cette immensité aride. Et rien ne vient ponctuer leur progression, rien d’autre que le bruit de leur souffle, et les quelques mots échangés entre eux, avec la base M01 et la Terre. Ils avancent régulièrement, inexorablement vers le centre du plateau. Ils cherchent quelques traces, indices de quelque chose dont ils ignorent tout, et comme tous les terriens, ils avancent en aveugles, malgré tout leurs éclairages, toutes leurs connaissances et leurs croyances qui s’évanouissent face à ce réel-là, celui qui ne se dit pas et les projette vers à la fois l’effroi, et la soif de savoir.
 
- « Houston, nous progressons droit devant nous, mais le paysage reste inchangé rien de plus. A vous. »
- « Ici Houston, les capteurs indiquent en effet une absence totale de relief ou d’aspérité, continuez votre progression jusqu’au point médian. A vous. »
- « Très bien Houston, nous avançons jusqu’au point indiqué mais nos réservoirs d’oxygène seront bientôt en limite maxi de retour. A vous. »
- « Commandant Kepelski, êtes-vous en mesure d’envoyer un LEM de reconnaissance pour ravitailler les lieutenants Setsuko et Mackey ? A vous. »
- « Bien reçu Houston, nous dépêchons tout de suite un LEM radio guidé qui ira à leur rencontre avec un ravitaillement oxygène et survie. Terminé. »
- «  Vous avez entendu les enfants, on vous envoie de quoi vous permettre de prendre un peu d’air frais pour le retour, soyez courageux, continuez. »
- « Merci commandant, on continue la mission et.. »
 
Soudain, le GPS leur indique qu’ils sont arrivés au point médian du plateau, de la face cachée de la Lune, de la ligne qu’ils suivent depuis plus d’une heure. Ils regardent autour d’eux et ne décèlent rien, sinon l’obscurité dérangée par leurs éclairages lourds et puissants. Ils font quelques pas, et tous leurs systèmes de détections géologiques se mettent en alarme. Houston les interpelle, le commandant aussi, sur la Terre, devant le journal télévisé l’humanité a peur. Tous les appareils indiquent quelque chose, un relief, exactement au milieu, au point central de ce haut plateau. Le couple Adam et Eve se soutient et espère ensemble, ils cherchent l’objet qui a déclenché les alarmes. Soudain, quelque chose leur apparaît, là, parfaitement au milieu de la ligne qui semble traverser la Lune, apparaît une toute petite aspérité, minuscule, d’un ou deux centimètres seulement. De la Terre, Houston demande au lieutenant Setsuko d’inspecter de plus près l’objet, avec toutes les précautions possibles.
 
- « Oui je vois quelque chose on dirait… on dirait une écriture !! »
- «  Est-ce que vous pouvez vous rapprocher et nous en retransmettre une image ? A quoi cela ressemble-t-il ? »
- « On dirait des lettres… je vais essayer de la lire !»
 
Alors qu’à la télévision l’image se fait de plus en plus nette, le lieutenant Setsuko, taïkonaute lunaire et mère de famille fait résonner sa voix dans l’immensité désertique de l’espace lunaire et intersidéral :
 
- « Made.. in…. China ?!? »


David SELLEM

 
 
 
 

 

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Published on e-Stories.org on 01/19/2011.

 

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