Marie Françoise Ibovi

L'ACCIDENT



Elle arrive chez elle avec plus de quatre heures de retard. Elle inventera une excuse pour se justifier. Elle ne leur révélera pas ce qu’elle a fait. Pourtant, elle ne voulait pas en arriver là. Décidément, le malheur s’acharne toujours et encore sur elle et sa famille.
Elle franchit enfin le seuil de sa parcelle, nerveuse et fatiguée. « Tout ça parce que j’avais besoin d’argent, quel malheur ! ». La tête remplie de regrets, elle rentre dans sa chambre et se dépêche de cacher son pagne Vlisco tâché de sang. Dans la cuisine, elle découvre autour de la table, son mari et ses 8 enfants qui s'empressent, tous en même temps, de réclamer les raisons de son retard. Les enfants se plaignent qu'ils ont faim, son mari qu'il sera en retard pour sa partie de Ludo avec ces amis.
La cuisine est sale, la vaisselle de la veille traîne encore dans l’évier. Rien pour l'aider à retrouver son calme. Elle réussit pourtant à enfiler sur son visage fatigué un petit sourire et s'assoit. Embrasse ses enfants puis elle leur expose l'alibi qu'elle a savamment inventé pour ne pas leur révéler la vérité. L’horrible vérité.
Elle a passé la journée à taper au porte des banques pour obtenir un crédit. Elle n'a pas vu les heures passer, n'a pas pensé à leur donner un coup de fil.
Elle se lève, se met à nettoyer sa cuisine puis leur concocte un Bitekuteku (1) aux poissons fumés accompagné de safous (2) et de chikwangue (3). Aussitôt les assiettes vides, son mari annonce qu'il doit déguerpir s'il ne veut pas être le dernier arrivé au Ludo. Il lui suggère de regarder « Les guignols d’Abidjan » pour se détendre après la journée qu'elle a eue mais avant même qu'il n'ait eu le temps de quitter, trois coups résonnent à la porte d’entrée.

Pitchou, le benjamin, se précipite pour ouvrir et se retrouve nez à nez avec deux policiers qui demandent à voir ses parents. Elle s'avance au salon suivi de son mari sur ses talons. Un des policiers lui demande si elle est bien la fille de Lydie MAKOSSO qui habite au 4138 rue Bomitaba? « Oui, c'est bien moi » répond-t-elle d'une voix à peine audible. Le policier lui apprend que sa mère a été retrouvée cet après-midi, à son domicile, vers 16H15 gisant dans une mare de sang, un couteau planté dans la poitrine. Elle tenait dans sa main droite le téléphone portable qu'elle avait utilisé pour appeler la police. Elle a tout juste eu le temps de prononcer le prénom de sa fille avant de rendre son dernier soupir.

« Hein !? Mais c’est quoi cette histoire ? » Demande le mari qui sent la terre s’ouvrir sous ses pieds.

Tremblante de peur, elle s'explique: « Je...je suis vraiment désolé chéri, ma mère, malgré toute la fortune qu'elle possède, ne voulait pas me prêter l'argent nécessaire pour l'intervention chirurgicale de notre fils. Tu le sais que c'était une femme méchante et très radine, elle a commencé à m'insulter et on s'est battu. Dans la bagarre, elle est tombé sur un couteau qui trainer sur la table. C'était un accident »

« Si vous aviez pris la peine de l'emmener à l'hôpital plutôt que de vous enfuir, elle serait encore en vie. Madame, vous êtes en état d'arrestation. » Lui déclare le policier en lui passant les menottes au poignet.

Ses huit enfants et son mari restent sans voix tandis que les policiers l'embarquent.



(1) Bitekuteku (sorte de légumes congolais)
(2) Safous (fruit originaire d'Afrique qu'on trouve abondamment au Congo.)
(3) Chikwangue (manioc)

 

All rights belong to its author. It was published on e-Stories.org by demand of Marie Françoise Ibovi.
Published on e-Stories.org on 12/11/2011.

 

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