Farhya Djama

scènes de vie

SCENES DE VIE
 
Je me suis arrêtée pour acheter une pastèque, le marchand de fruit est juste en face d’un hôpital de maladies infectieuses. Je ne sais pas pourquoi mon regard s’est arrêté sur un homme, plutôt jeune, portant un masque blanc couvrant sa bouche, c’est la première fois que je voyais cela, cet hôpital est là depuis toujours, et cela fait des années que je m’arrête devant cet hôpital pour acheter mes fruits.
L’homme, maigre, très maigre, comme c’est souvent le cas pour les tuberculeux et  si on a jugé nécessaire de lui mettre un masque, c’est qu’il devait être très malade, était accompagné d’une femme, assez jeune, et deux petits garçons entre 6 et 8 ans à peu près. La femme était plutôt ronde, les deux enfants, assez minces. J’ai pensé que la femme était l’épouse de l’homme au masque blanc, et les enfants, certainement les siens, ils s’accrochaient à lui, l’homme essayait de se dégager, il avait peut-être peur de les contaminer, la femme ne parlait pas, elle avait l’air étonnée, se demandant peut-être pourquoi parmi tous ces problèmes, il avait fallu que son homme  tombe malade, l’homme bavardait avec les enfants, tout en gardant une certaine distance, ils trainèrent encore, je me suis dit  que la famille était venue voir le mari malade et que malgré son état apparemment faible, il avait voulu les accompagner jusqu’au bus,  l’homme restait à côté des enfants, la femme était un peu en retrait, je les regardait toujours, mon vendeur n’arrivait pas à trouver la monnaie, c’était un fin de mois et il n’y avait pas beaucoup de clients.
La femme voulait partir, elle prit les enfants par la main et voulut traverser, il y avait beaucoup de voitures, beaucoup trop, depuis qu’on avait installé ces feux, les voitures roulaient plus vite qu’avant, l’homme qui était resté sur le trottoir, tellement visible avec son masque blanc, sur ce visage noir, cet homme qui avait du mal à marcher, rejoint la femme et les enfants, coincés au milieu de la route, il prit  les enfants par la main, fit un signe aux  voitures de ralentir, pour laisser passer cette famille si malheureuse, si désemparée, si pauvres d’après les vêtements qu’ils portaient, cette famille qui, pourtant, pouvait encore compter sur leur chef de famille, le père, qui était venu à leur rescousse, malgré son état. Je regardais cette famille qui paraissait si unie,
Je les regardais toujours, la femme avait maintenant un air indéfinissable. Elle n’était pas triste, la tristesse était un sentiment qu’elle avait dépassé, la tristesse c’était quand elle avait encore de l’espoir.
Qui plaignait-elle dans l’histoire, son mari, si malade, qui allait peut-être mourir, ou elle qui se retrouvait seule avec ses deux gamins, elle qui devra les nourrir  ou supporter leur regard, quand elle n’aura rien à leur donner, ou qui devra répondre à la question « quand est-ce qu’on mange ?». L’homme enleva ses lunettes, je remarquai seulement maintenant qu’il avait des lunettes, et s’essuya les yeux. Une larme avait-elle perlé de ses yeux ? Le bus arrivait et il fallait bien qu’il lâche la main des enfants auxquelles il s’accrochait, il fallait qu’il les lâche, dans la nature, la femme était débrouillarde, elle trouverait un moyen de prendre de ses nouvelles, jusqu’à la prochaine fois, la prochaine visite.

 

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Published on e-Stories.org on 10/27/2012.

 

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